William Ruller

Passage, 2020

18 juillet – 20 août 2020

 

William Ruller trouve l’inspiration pour ses oeuvres dans ses souvenirs d’enfant qui sont également des souvenirs d’une ère postindustrielle. Les moulins et tanneries abandonnés dans l’est des Etats-Unis, non-lieux banals et anti-idylliques, témoins d’une culture  ouvrière révolue, sont à nouveau objets de regard et supports d’une mémoire vivante. Bernd et Hilla Becher ont fait le portrait de ce type d’édifices, architecture emblématique de notre époque et invisible avant eux.

Dans ces compositions abstraites, William Ruller expose leur épiderme et leur squelette et c’est la matière même dont ils sont faits qui surgit et structure la toile. L’incorporation d’argile et les tons neutres des fonds accentuent encore cette matérialité brute. Les éléments de construction apparaissent d’une manière presque violente, fragments détachés portés par une palette incandescente. Le rouge intense, le rose et le jaune vifs rappellent la patine rouillée de ces carcasses d’acier, devenues des statues, reliques de l’industrie lourde. Ces traces d’un passé récent, dont la décomposition se matérialise par des formes géométriques inachevées, se fondent et constituent le palimpseste de ces paysages où nature et civilisation sont désormais indissociables.

 

Alexandra Chiari